Sécheresse : l'agriculture wallonne face à un été sans pluie
L'IRM maintient un code jaune chaleur jusqu'au 13 août, avec des pointes possibles à 35 degrés. Mais le vrai sujet est ailleurs : les modèles n'annoncent qu'un à dix millimètres de pluie d'ici le 19 août.
La parenthèse fraîche n'aura tenu que quelques jours. L'Institut royal météorologique a émis samedi un code jaune à la chaleur, valable du 8 au 13 août à minuit pour l'ensemble du pays — seul le littoral repassera en code vert lundi et mardi. La phase d'avertissement du SPF Santé publique reste active sur toute la période.
Samedi, les maxima s'échelonnaient de 25 degrés en haute Ardenne à 29 en Gaume. Dimanche, la barre des 30 à 31 degrés est franchie à l'intérieur des terres. Et selon certains modèles, la mi-semaine pourrait approcher les 35 degrés.
Un cercle vicieux bien documenté
Plus vous allez avoir du temps chaud, plus vous allez avoir une sécheresse, et cette sécheresse va favoriser le fait qu'il y ait de moins en moins d'évapotranspiration. Pascal Mormal, météorologue
Le mécanisme s'auto-entretient : un sol sec renvoie moins d'humidité vers l'atmosphère, ce qui réduit encore la probabilité de précipitations locales. « Pour l'instant, on ne voit pas de sortie du tunnel, si ce n'est un espoir d'avoir une température un peu plus fraîche à partir de la fin de la semaine prochaine », résume le spécialiste.
Ce que cela signifie pour les cultures
En Wallonie, la séquence tombe à un moment sensible du calendrier agricole. Les cultures de printemps ont besoin d'eau pour finaliser leur remplissage, et les prairies destinées au pâturage ne se régénèrent plus. Les exploitations qui avaient constitué des stocks fourragers au printemps voient ceux-ci entamés dès l'été, ce qui pèsera sur l'hiver.
Les points de vigilance
- Fourrages : stocks entamés avant l'automne, avec un risque de renchérissement.
- Eau : tension sur les prélèvements et sur l'abreuvement du bétail.
- Incendies : végétation sèche et sols craquelés augmentent le risque de départ de feu.
- Sols : la reprise des semis d'automne dépendra des pluies de septembre.
Quand la chaleur rencontre le réseau électrique
Le second effet est énergétique. La climatisation, désormais répandue dans les commerces et une partie des logements, déforme la courbe de consommation belge. En journée, le photovoltaïque encaisse la demande. En soirée, la production solaire s'effondre alors que la consommation reste élevée : vers 21 h 45, le pays appelle encore plus de 10 GW.
Les conséquences se lisent sur le marché de gros. En juin, le prix a atteint 658 euros le mégawattheure un soir de canicule, avant de dépasser 1 000 euros quelques jours plus tard. La CREG rappelle toutefois que les ménages en contrat fixe ne subissent aucun impact, et que les contrats variables lissent ces pointes via une moyenne mensuelle. Seuls les contrats dynamiques y sont directement exposés.
Les gestes recommandés
- Déplacer les usages énergivores en pleine journée, quand le solaire est abondant.
- Reporter les travaux extérieurs aux heures les plus fraîches.
- Éviter tout feu ouvert à proximité des zones boisées et des chaumes.
- Veiller sur les personnes âgées, isolées ou fragiles pendant toute la durée du code jaune.
« Sans dramatiser à outrance, la situation est quand même assez préoccupante à plusieurs points de vue en Belgique », conclut Pascal Mormal. Le rafraîchissement espéré en fin de semaine prochaine ne réglera pas le déficit hydrique accumulé.
Marc Genot
Journaliste climat et agriculture. Suit l'eau, les sols et l'énergie en Wallonie.