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Bonus en actions : la Cour de cassation impose les cotisations sociales

Les avantages octroyés aux salariés sous forme d'actions entrent dans l'assiette des cotisations sociales. Une clarification attendue depuis des années, qui oblige de nombreuses entreprises belges à recalculer leurs plans de rémunération alternative.

Par Rachid Daoudi 8 août 2026 6 min de lecture Texte
Les plans de rémunération alternative doivent être recalculés
La décision concerne des milliers de plans d'intéressement en Belgique. — Photo : Cameron, Harry F. — Public domain, via Wikimedia Commons

La question traînait depuis longtemps dans les cabinets de droit social : un bonus versé en actions constitue-t-il de la rémunération au sens de la sécurité sociale ? La Cour de cassation a tranché. Ces avantages doivent être soumis aux cotisations sociales.

La portée est large. De nombreuses entreprises belges — filiales de groupes internationaux en tête — utilisent l'attribution d'actions ou d'options comme complément de rémunération, précisément parce que le traitement social de ces instruments restait incertain.

Ce que change la décision

  • Les plans d'attribution d'actions doivent être intégrés dans le calcul des cotisations.
  • Les employeurs doivent revoir leurs déclarations et anticiper d'éventuelles régularisations.
  • Les travailleurs concernés voient ces montants entrer dans l'assiette qui détermine leurs droits sociaux.
  • Les secrétariats sociaux attendent une circulaire administrative pour préciser les modalités pratiques.

Pourquoi c'était incertain

La notion de rémunération, en sécurité sociale belge, repose sur un principe simple en apparence : est rémunération tout avantage en argent ou évaluable en argent auquel le travailleur a droit à charge de l'employeur en raison de son engagement. La difficulté surgit lorsque l'avantage est octroyé par une société tierce — souvent la maison mère étrangère — et non directement par l'employeur belge.

C'est sur ce point que les plaideurs s'opposaient. La Cour retient une lecture fonctionnelle : ce qui compte est le lien avec la relation de travail, pas l'identité formelle de celui qui paie.

La sécurité juridique était le vrai enjeu. Beaucoup d'entreprises préféraient une règle claire, même coûteuse, à une incertitude qui se réglait au cas par cas devant les tribunaux. Analyse d'un praticien du droit social belge

Les conséquences pratiques

  1. Inventaire des plans en cours. Identifier les attributions passées et à venir, y compris celles décidées à l'étranger.
  2. Évaluation du coût. Calculer l'impact sur les cotisations patronales et personnelles, et sur le coût total du package.
  3. Révision des politiques. Arbitrer entre maintien des actions, bonus classique ou dispositifs légaux existants comme la participation aux bénéfices.
  4. Communication interne. Expliquer aux bénéficiaires l'effet sur leur net et sur leurs droits sociaux.
13,07 %Cotisation personnelle de référence
25 %Ordre de grandeur des cotisations patronales de base
3 ansDélai de prescription usuel en matière de cotisations
7 ansDélai en cas de manœuvres frauduleuses

Un signal dans un contexte budgétaire tendu

La décision tombe alors que le gouvernement fédéral cherche 7,7 milliards d'euros d'économies d'ici 2029. Élargir l'assiette des cotisations n'est pas une mesure budgétaire au sens strict — la Cour dit le droit, elle ne fait pas de politique — mais l'effet sur les recettes de la sécurité sociale est réel.

Pour les entreprises, le message est clair : les mécanismes de rémunération conçus pour échapper à la cotisation sociale reposent sur un terrain juridique fragile. Les prochaines discussions salariales devront intégrer ce paramètre.

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Portrait de Rachid Daoudi

Rachid Daoudi

Journaliste droit social et entreprises. Contact : r.daoudi@carrefourbelge.be